Par Suzanne Day

Oui, les parents peuvent être formés pour traiter les comportements dyslexiques de leur enfant.

La dyslexie est connue comme étant la plus commune de toutes les difficultés d’apprentissage. Trop souvent, les gens dyslexiques sont étiquetés de paresseux, non motivés, lents et même stupides, ce qui détruit l’opinion d’une personne concernant sa valeur.

Contrairement à ce que les gens pensent, la dyslexie est plus que l’interversion des lettres. La dyslexie n’est PAS reliée à l’intelligence d’une personne. Une réalité tout à fait intéressante est qu’il est estimé qu’au moins un Canadien sur six a la dyslexie.

Thomas G. West résume que la dyslexie « se manifeste comme un problème face aux mots : les mots parlés, les mots qu’on lit ou qu’on écrits, les expressions, l’organisation et la mémorisation des mots, et les mots qui se conforment à des règles complexes et dont leurs origines sont de langues étrangères. Autrement dit, la dyslexie est un problème avec les symboles écrits incluant les lettres de l’alphabet et les signes mathématiques.

Les symptômes de la dyslexie varient grandement d’un individu à l’autre. La personne dyslexique peut vivre des difficultés dans plusieurs domaines incluant : former et /ou nommer des lettres, confusion relative aux mots qui se ressemblent graphiquement (Ex : belle-balle), confusion relative aux mots multisyllabiques (Ex : inestimable), omission des mots charnières (Ex : à, où, sur), trouver le bon mot lorsqu’elle parle, distinguer la gauche de sa droite, dire l’heure, dire les jours de la semaine, mémoriser les tables de multiplications, mémoriser les mots non phonétiques, etc.

Il y a trois types fondamentaux de dyslexie, partagés jusqu’à un certain point par la plupart des dyslexiques. Le premier type de dyslexie concerne une difficulté à développer de la mémoire pour la direction des lignes dans les symboles écrits. L’étudiant aura de la difficulté, il écrit « b » au lieu de « d » et d’une façon générale, écrire sera pénible. Le deuxième type de dyslexie, le plus prédominant, est une difficulté à mémoriser les sons et les symboles et est relié à la capacité de développer des habiletés pour analyser ce qui est nécessaire à la syllabation et pour travailler avec des morphèmes (la racine des mots, les préfixes et les suffixes). L’étudiant lira « lampe » au lieu de « lumière » et écrira « posia » au lieu de «position». Le troisième type est une difficulté à se rappeler la configuration des mots entiers. L’étudiant lira « père » au lieu de « tête » et écrira « chato » au lieu de « chateau ». Souvent une personne dyslexique a une combinaison de ces trois types. Les parents seront perplexes devant le fait que leur enfant peut lire certains longs mots, mais achoppe régulièrement sur des mots qu’il lit souvent.

La méthode universelle standard pour apprendre à lire n’est pas efficace pour les enfants dyslexiques. Ces enfants ont plutôt besoin d’une méthode d’enseignement multisensorielle, systématique, explicite et séquentielle. Une telle approche facilite « l’enregistrement » de l’information dans leur cerveau afin de leur permettre de retrouver efficacement cette information lorsqu’ils en ont besoin. Un programme qui est centré seulement sur la phonétique est utile mais insuffisant. Ils ont besoin de travailler leur conscience phonologique, c’est-à-dire la découverte que les mots dans le langage parlé peuvent être sectionnés en petites unités de sons appelées phonèmes.

Les cerveaux de ces enfants ont besoin d’aide pour relier l’information et pour intégrer la façon dont chaque lettre se dit (le son), se présente visuellement, sa sensation tactile de mouvement il offre (écrire un « m » est différent que d’écrire un « l » et comment la combinaison de ces lettres crée des images. L’Association de Dyslexie Internationale recommande une approche multisensorielle inspirée par la méthode Orton-Gillingham. L’enseignement multisensoriel simultané, connu sous l’abréviation EMS et développé par Louise Ward de l’Association Canadienne de Dyslexie, est le seul programme français basé sur Orton-Gillingham. Il est facile à utiliser car il inclut des plans de leçons détaillés qui donnent une esquisse des objectifs pédagogiques et des résultats attendus pour chaque étape. Chaque leçon contient vingt étapes qui permettent une activation constante dans les différents domaines visuels, auditifs et moteurs du cerveau.

Je ne peux pas exprimer adéquatement la joie que me procure le privilège d’avoir un outil pour former les parents sur la façon d’enseigner à leur enfant dyslexique à la maison. En fait, bien qu’il ait été développé spécifiquement pour les étudiants dyslexiques, cette méthode peut être utilisée pour tout étudiant qui a de la difficulté à lire, afin de prévenir des échecs au niveau de la lecture et de réduire le besoin de rattrapage dans le futur. En tant que professionnels spécialisés à aider ceux qui font l’école à la maison, nous avons prié pour un outil de cette performance qui nous permettrait de former les parents dans une période relativement brève.

Voici une histoire de réussite parmi plusieurs. Suite à la formation d'une approche Orton-Gillingham, le grand-père a commencé le programme avec Sam, une heure par jour sur une période de 16 mois, complétant les 145 leçons du programme. Voici un résumé du progrès incroyable de Sam. La lecture de Sam lors de la première évaluation semblait moyenne pour son âge, mais il avait énormément de difficulté en dépit du fait que son grand-père l’aidait à lire.

Première évaluation

9 mois plus tard

1 an plus tard

Lecture

Début 3e

Début 4e

Milieu secondaire

Orthographe

Milieu 1ère

Milieu 3e

Fin 6e

Mathématiques

Début 2e

Fin 5e

Fin 7e


Voici l’histoire d’un autre garçon de 8 ans enseigné à la maison. Jean ne pouvait ni lire ni écrire certaines lettres qui lui étaient montrées, en dépit du fait que sa mère travaillait son alphabet avec lui presque quotidiennement depuis deux ans. Le progrès, rapporté ici lorsque la maman lui enseigna avec le programme sur une période d’un an et demi, est particulièrement impressionnant considérant que Jean a un problème d’attention sévère et que sa famille composée de huit personnes, incluant un couple de jumeaux et dont l’enfant le plus âgé a 10 ans, vit dans une maison mobile. Ils avaient terminé la quinzième leçon au moment de la troisième évaluation et ils avaient complété les trois-quarts du programme la dernière fois que j’ai vu Jean.

Première évaluation

4 mois plus tard

1 an plus tard

1 an plus tard

Lecture

Début maternelle

Fin maternelle

Fin 3e

Milieu secondaire

Orthographe

Milieu maternelle

Milieu 1ère

Milieu 1ère

Milieu 1ère

L’attaque des mots

1.5

2.5

3.7

6.7



Le test de lecture utilise de vrais mots. Il s’agit d’un test de reconnaissance de mots. Cependant, le test de l’attaque des mots analyse la capacité à utiliser les habiletés de décodage et à les appliquer dans la lecture de nouveaux mots, ce qui est un des buts d’apprendre à lire. Le progrès de Jean dans cette habileté confirme une maturité réelle au niveau de ses habiletés de lecture.

Si votre enfant éprouve de la difficulté au niveau de la lecture, l’écriture, l’orthographe et la compréhension de texte, il ou elle peut avoir des comportements dyslexiques quant à la lecture et l’orthographe. Particulièrement ceux qui font l’école à la maison, qui sont déjà en train de mettre l’effort d’enseigner d’une manière individuelle, ont besoin d’investir ce temps et cette énergie efficacement. Trop souvent les parents attendent et espèrent que l’enfant s’en sortira avec le temps. Oui, ces enfants souvent progressent à cause de l’enseignement individualisé, mais souvent ils n’apprennent qu’à compenser et n’atteignent jamais leur véritable potentiel dans la lecture et l’écriture. Les parents doivent premièrement reconnaître et accepter le problème afin de mieux répondre aux besoins de leur enfant. La formation est disponible pour ceux qui désirent prendre une heure par jour pour être le « thérapeute de lecture privé » de leur enfant. La formation est donnée chaque mois à Barrie en Ontario, au Québec et durant l’année à différents endroits au Canada selon les demandes. Si vous ne pouvez venir et connaissez quelqu’un d’autre qui a le temps de travailler avec votre enfant, envoyez cette personne afin qu’elle vienne chercher la formation. N’hésitez pas de nous contacter pour plus d’information si vous êtes intéressés.

Copyright 2005. Suzanne Day, Neuropsychologue, membre de l’Ordre des psychologues du Québec

 
   
 

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