Par Suzanne Day


Comment affectent-ils les comportements d’apprentissage et d’attention

Les difficultés d’apprentissage ainsi que le type inattentif des difficultés d’attention sont des états cachés. Le traitement de l’information d’un enfant est souvent inefficace dans plus d’un domaine. Ceux qui vivent les symptômes admettront qu’ils se sentent stupides. Ils vivent avec la culpabilité et la honte et ont des commentaires et des réactions tels que : « Je n’arrive tout simplement pas à saisir ce que le professeur dit. Alors je deviens pensif et je me demande : Suis-je la seule personne au monde qui soit aussi stupide ? » Ils sont appelés « paresseux », « non motivés » et trop souvent « stupides ». Quelquefois les termes « difficultés d’apprentissage » ou « troubles d’attention » permettent d’adoucir ce sentiment dépressif et d’une certaine façon fournissent une raison pour les difficultés d’apprentissage de la personne. Cependant, les termes sont une épée à deux tranchants qui peuvent induire en erreur la personne et les éducateurs, en les amenant à accepter les faiblesses comme excuses et ainsi ne plus faire tout leur possible pour dépasser les limites. C’est seulement lorsque certaines des causes premières ont été identifiées que des interventions appropriées peuvent être planifiées. En tant que professionnelle, j’ai découvert que la meilleure façon de traiter efficacement les difficultés d’apprentissage et d’attention et d’augmenter l’apprentissage du traitement de l’information est de regarder les causes des problèmes. Une approche neurodéveloppementale face à l’apprentissage s’est démontrée inestimable.

Les difficultés d’apprentissage et d’attention résident dans certaines fonctions inefficaces du système nerveux central. Le système nerveux central (SNC) comprend la moelle épinière et le cerveau. La communication entre les différentes parties du SNC se produit au travers d’impulsions électriques transmises dans les cellules nerveuses et générées par des substances biochimiques. La recherche a identifié des protéines dirigeant les dendrites (l’extrémité des cellules nerveuses) vers leur destination spécifique. Dans ces dernières années, grâce à l’utilisation du microscope électrique, les chercheurs ont découvert que ce ne sont pas seulement les protéines autour des cellules qui permettent ces communications, mais les glycoprotéines ou les monosaccharides ou sucres qui sont attachées aux protéines. Un article dans Acta Anatomica (161/1-4/98) explique que « …les monosaccharides représentent un alphabet d’information biologique semblable aux acides aminés et aux acides nucléiques, mais avec des capacités d’encodage inégalées. »

Lorsque nous parlons des difficultés d’apprentissage et d’attention, nous faisons principalement référence au cortex et négligeons de comprendre le parcours entre nos sens, la moelle épinière, la tige cérébrale, le mésencéphale et ensuite le cortex. Une partie cruciale du SNC souvent négligée est la tige cérébrale (le bulbe rachidien et le pont de Varole) située entre la moelle épinière et le mésencéphale. Elle régularise autant les informations motrices que sensorielles et est nécessaire pour l’état d’être conscient ou sensible. Le contrôle de la perception a sa source dans la tige cérébrale. La tige cérébrale est constituée de parcours de gonflement de nerfs transportant l’impulsion des nerfs entre le cerveau et le corps. La tige cérébrale n’abrite pas seulement la formation réticulaire responsable de la vigilance, mais aussi les nucléus où les principaux neurotransmetteurs naissent. Il est très intéressant aussi de noter que les douze paires de nerfs crâniens proviennent de la tige cérébrale. Certains d’entre eux sont moteurs comme le nerf oculomoteur, certains sont sensoriels comme le nerf olfactif et certains sont mélangés comme le nerf trijumeau. À partir de la tige cérébrale, l’information atteint le mésencéphale et le thalamus. Le thalamus est comme un tableau de distribution qui sélectionne l’information allant vers différentes régions du cortex à l’exception de l’odorat qui se rend pour sa part directement au cortex. Ce qui arrive dans le cortex est le résultat des boucles tout au long de ce parcours. Nous savons, par exemple, que la lecture s’effectue principalement dans le lobe temporal gauche, alors que la qualité de la concentration dépend du cortex préfrontal, responsable des plus hautes fonctions exécutives comme la planification, la flexibilité et la prise de décision. Toute information manquante en chemin crée des insuffisances de traitement (« processing »).

Une interruption du développement naturel du système nerveux central (SNC) mène à une organisation incomplète du cerveau, ce qui empêche l’enfant d’atteindre son potentiel maximum. Dr. Temple Fay, Glen Doman et Carl Delacato sont des géants dans le domaine des interventions pour améliorer le processus d’apprentissage et les interventions au niveau de l’attention. Travaillant d’abord principalement avec des enfants au cerveau endommagé, ils ont remarqué que ces enfants ne pouvaient faire des mouvements stéréotypés comme les enfants normaux faisaient. Ils ont découvert qu’en aidant ces enfants au cerveau endommagé à faire ces mouvements, ces derniers arrivaient à les faire par eux-mêmes. Ils ont appelé cette intervention la « réorganisation neurologique ». Ils ont résumé leur découverte dans un profil développemental. Ce profil explique le développement séquentiel du SNC à partir de la naissance jusqu’à l’âge de sept ans et le développement simultané des différents domaines comme la vision, l’ouïe, le toucher, le langage, la mobilité et les fonctions manuelles. Le profil aide à mieux saisir l’organisation complète du cerveau vers l’atteinte du potentiel maximum de la personne. L’enfant ayant des difficultés d’apprentissage ne peut parvenir à son potentiel à cause d’insuffisances neurodéveloppementales.

Des insuffisances spécifiques sont identifiées en observant quoi et comment le cerveau d’un enfant reçoit comme information au travers de différents sens. Trop souvent l’attention est portée seulement sur « ce qui ne sort pas ». Une meilleure approche est d’arriver à comprendre « ce qui n’entre pas », puis de trouver pourquoi et quoi faire. L’approche neurodéveloppementale considère comment la peau et les muscles, les oreilles et les yeux communiquent la bonne information au cerveau. Par exemple, la convergence est souvent un problème chez les enfants ayant des difficultés d’apprentissage et d’attention. La convergence est la capacité des deux yeux à travailler d’une manière synchronisée ensemble. Lorsque les yeux ne convergent pas, l’enfant se met à voir double à un certain niveau, ce qui le rend confus et l’amènera à « loucher » dans sa tentative d’éliminer la vision double. Souvent l’enfant va supprimer l’utilisation d’un œil de façon subtile qui ne peut pas être facilement identifiée de l’extérieur. Lire et écrire devient conséquemment difficile. Des exercices pour les yeux peuvent corriger ce problème. Cependant, c’est seulement lorsque nous comprenons les liens neurologiques entre les yeux et la tige cérébrale que nous pouvons intervenir plus efficacement. Masao Ito de l’Université de Tokyo explique comment les liens neurologiques entre les fonctions des canaux semi-circulaires dans l’oreille interne, le cervelet et les yeux affectent non seulement la posture et l’équilibre (avoir le mal de mer par exemple) mais aussi l’ouïe et la parole. Eric Kandel dans « Les principes de sciences neuronales » déclarent : « Les réflexes vestibulaires et du cou stabilisent la tête et les yeux… Les deux réflexes produisent des effets coordonnés sur les muscles des bras, des jambes et du cou. Le mouvement de la tête évoque aussi des réflexes vestibulaires-oculaires qui stabilisent les images visuelles sur la rétine ». (p. 600)

Un autre problème concernant l’efficacité d’apprentissage et d’attention est la difficulté d’un enfant à faire des tâches multiples. Souvent ces enfants n’ont pas développé un mouvement conditionné croisé efficace et ont des manques dans la rapidité de traitement. La rapidité de traitement est générée par la production de myéline sur les cellules nerveuses. La myéline croît, alors que l’afflux nerveux passe au travers des mêmes parcours. La plus grosse masse de fibres dans le cerveau et la plus riche en myéline est le corps calleux qui relie les deux hémisphères. Les gens ayant des difficultés d’apprentissage ont des manques dans ce domaine. Des exercices développementaux tels que se traîner et ramper peuvent être utilisés pour stimuler ces fonctions. Le fait de comprendre comment le cerveau d’un enfant reçoit l’information permet, dans des étapes ultérieures, de se concentrer sur la façon dont il traite l’information, l’emmagasine et l’utilise.

Des problèmes d’attention sont fréquemment impliqués avec les difficultés d’apprentissage. La recherche déclare que jusqu’à 70 % des enfants ayant des problèmes d’attention ont des difficultés d’apprentissage. Les problèmes d’attention présentent un vaste éventail de symptômes. Un des symptômes fréquents est une faible fonction tactile aussi connue comme un délai dans l’intégration sensorielle. Les enfants qui connaissent des distorsions sensorielles manifestent souvent des difficultés d’apprentissage. Chacun des sens a une fonction spécifique dans le processus d’apprentissage qui canalise l’information vers le cerveau. Lorsqu’on rencontre des problèmes comportementaux tels que l’impulsivité, l’hyperactivité, l’agressivité et une concentration réduite, investiguer le système sensoriel élargit notre perspective et augmente notre efficacité dans le traitement des symptômes, alors que nous identifions les causes premières.

Nous reconnaissons deux types de dysfonctionnement sensoriel : « l’hyper » qui mène à une réaction excessivement émotive face à l’information et « l’hypo » qui cède à un état d’insensibilité. Sally Goddard de l’Institut pour la psychologie neuro-physique en Angleterre explique : « Là où il y a de l’éveil, l’excitation interne et la tension musculaire augmentent. Là où il y a une tension musculaire prolongée, il y a éventuellement de la fatigue. La fatigue réduit les performances, de sorte qu’afin de maintenir le même niveau de performance et de combler le manque d’efficacité, il y aura nécessité d’un niveau accru d’éveil. Ainsi, un cercle vicieux est créé. »

Voici quelques exemples d’enfants ayant ces difficultés. Les enfants qui demandent constamment d’enlever l’étiquette du dos de leur vêtement sont hypersensibles au toucher des surfaces. Les enfants qui sont considérés comme étant « très tenaces » à la douleur lorsqu’ils vont chez le dentiste ou les enfants qui se plaignent d’otites seulement lorsque le tympan éclate seraient considérés comme hyposensibles au toucher en profondeur. Ces enfants hypotactiles peuvent rarement rester tranquilles. Ils ont souvent besoin de sentir de la pression et conséquemment bougeront, se pencheront sur ou par-dessus des choses et peuvent être agressifs envers les autres enfants. La sensibilité au toucher de surface et la sensibilité au toucher en profondeur sont traitées dans deux parties différentes du cerveau.

L’enfant qui est sensible à la lumière du soleil et aux fluorescents serait considéré hypervisuel. Un délai dans la fermeture de la rétine garde l’enfant dans un état interne « d’alerte » par rapport à la lumière. L’enfant visuellement hyposensoriel aura de la difficulté à garder de l’ordre dans sa chambre même si sa pensée serait capable de percevoir des conceptions complexes en trois dimensions.

Les enfants qui sont hypersensibles aux bruits seront facilement distraits dans un plus grand groupe ou à cause d'un son plus aigu. Ces enfants hyperauditifs ont de la difficulté à se concentrer parce qu’ils ne filtrent pas les bruits adéquatement. Ils décrocheront souvent de leur environnement s’ils sont forcés à rester dans cette surcharge auditive. Une meilleure compréhension de ces limitations individuelles aide les parents et les éducateurs à être plus patients à discipliner cet enfant au lieu de le punir pour ne pas avoir rencontrer certains standards comportementaux. Cet enfant a besoin d’aide à développer une perception plus équilibrée, afin de rencontrer les demandes sociales avec moins d’énergie.

Le cerveau semble mal interpréter l’information transmise par les sens. L’objectif du traitement est de normaliser la perception de l’information du cerveau venant des entrées sensorielles. Le traitement, au travers de répétitions spécifiques et ciblées d’activités appropriées, vise la stimulation des fonctions du système nerveux central (SNC) responsable d’un processus d’apprentissage efficace. Svea J. Gold qui fut la première observatrice des changements étonnants chez son propre enfant passa les trente années suivantes à essayer de comprendre, au travers d’une recherche du cerveau exponentielle, comment ce changement avait été possible. Elle résume admirablement : « Ceci (le programme d’activités) amène les enfants à traverser les mêmes mouvements que les réflexes primitifs auraient dicté à leurs petits corps de faire, ces mêmes mouvements créeront des produits chimiques à la jonction du muscle et des axones et les marques chimiques s’assureront que les messages se rendent à la partie exacte du cerveau, là où la nature a prévu qu’ils devaient se rendre… nous permettons au cerveau de se réparer par lui-même. » En effet, nous sommes merveilleusement créés.

La plasticité (de nouveaux parcours peuvent être générés dans le cerveau) et la redondance (la répétition permet à ces parcours d’être permanents) du SNC constituent la base du traitement thérapeutique. L’édition hebdomadaire du 19 février 1996 « Le cerveau de votre enfant » déclare : « …il y a de nouvelles évidences que certaines sortes d’intervention peuvent atteindre même le cerveau le plus vieux et comme un tournevis microscopique, refaire des circuits brisés. » L’évaluation à partir d’un profil de développement est une première étape pour mieux comprendre les faiblesses et les forces d’apprentissage d’un individu. Un programme neurodéveloppemental fait sur mesure est préparé. La durée du programme variera entre 20 et 60 minutes par jour, dépendamment de la disponibilité des parents. Le programme est habituellement accompli à la maison, ce qui maximise son efficacité, puisqu’il doit être fait sept jours par semaine. Le progrès de l’enfant est évalué à des intervalles réguliers et des modifications sont apportées pour traiter les prochains besoins développementaux.

J’ai utilisé cette approche au cours des dix dernières années après avoir vu des résultats étonnants chez notre fils. J’ai depuis été témoin d’événements semblables dans la vie de centaines d’enfants. Un des tests que j’utilise pour mesurer le progrès est le test « Dessine une personne » où l’enfant doit dessiner une image de lui-même. Le dessin de sa propre personne reflète comment il se sent par rapport à lui-même. Les dessins suivants ont été faits par un enfant faisant vingt minutes d’activités neurodéveloppementales quotidiennement avec sa maman. Remarquez dans le deuxième dessin, huit semaines plus tard, l’addition des bras, des mains et des oreilles, ce qui suggère qu’il a grandi dans la perception des parties de son corps. La mère a fait le commentaire qu’il était beaucoup plus bavard et qu’il était plus désireux de s’asseoir tranquille et de mettre des efforts à lire.

Dessins :


Dans les quelques dernières années, après avoir été formée dans l’utilisation de l’électro-encéphalogrammes quantitatif (EEGQ), j’ai eu le privilège et l’enthousiasme de mesurer les changements dans les fréquences d’ondes cérébrales chez les enfants qui ont suivi le programme neurodéveloppemental pendant quelques mois. Les difficultés d’apprentissage et d’attention sont caractérisées par une plus grande production d’ondes thêta (les ondes lentes responsables de la sensation de « s’endormir ») par rapport à la production d’ondes bêta plus rapides, responsables de l'état mantal de « résolution de problème ». Le EEGQ a mesuré après quelques mois d’activités neurodéveloppementales une réduction importante dans la production d’ondes thêta conduisant à un ratio plus équilibré et normal entre les ondes lentes et les ondes plus rapides. La ligne bleue représente la mesure de l'enfant à la première rencontre. La ligne rose représente la mesure de l'amplitude quatre mois plus tard après avoir été sur un programme d'activités neurodéveloppementales.

Exemple du tableau EEGQ

Explication du tableau: l'axe horizontal représente la fréquence des ondes cérébrales (combien d'ondes par secondes). Les ondes plus lentes sont à gauche et augmentent en fréquences vers la droite. L'axe vertical représente l'amplitude des ondes cérébrales (la puissance de l'onde). Le bas du tableau représente une amplitude faible qui augmente vers le haut.

Il y a de l’espoir pour ces enfants. Il faut prendre le temps de travailler sur cette base neurodéveloppementale. N’hésitez pas à nous contacter pour de plus amples renseignements et pour une consultation.


Copyright 2005 Suzanne Day, Neuropsychophysiologiste, Psychopédagogue et Neurodéveloppementaliste

© 2001-2014. Dernières modifications - Septembre 2014